“Climat d’insurrection à Kinshasa”

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February 14, 2017 Sepela
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“Cette fois, on a assez perdu de temps, il faut que les évêques démontrent qu’ils sont capables de faire appliquer l’accord de la saint-Sylvestre”, lance Fabrice Mbaya, la petite trentaine. Avec d’autres, il est venu tout ce week-end manifester à Kinshasa devant le domicile du cardinal Monsengwo pour demander la mise en oeuvre de l’accord signé entre la majorité présidentielle et l’opposition congolaise sous l’égide des évêques congolais. Un accord signé à l’arraché le 31 décembre et qui prévoit notamment la mise en place d’un nouveau gouvernement dont le Premier ministre sera issu du Rassemblement de l’opposition.
Depuis cette signature du 31 décembre, les deux camps se sont revus pour mettre en place les arrangements particuliers qui doivent aboutir à la mise en oeuvre de l’accord. Un texte essentiel pour l’avenir du pays puisqu’il doit mener la RDC vers des élections “démocratiques et apaisées” et favoriser l’alternance, le président Joseph Kabila étant atteint par la limite constitutionnelle de deux mandats consécutifs. Mais, dans les faits, l’immobilisme règne en maître.

L’ombre d’Etienne Tshisekedi

“La mort d’Etienne Tshisekedi a permis à la majorité de gagner du temps”, explique un opposant. “Il faut respecter le deuil de la famille Tshisekedi”, répond un membre de la majorité.

L’opposition, UDPS (le parti de Tshisekedi) en tête, exige que le nouveau gouvernement – qui doit être dirigé par un membre de l’opposition – soit mis en place rapidement et que ce soit ce nouvel Exécutif qui soit chargé d’organiser les obsèques du vieux leader décédé à Bruxelles le 1er février. Et c’est ici qu’apparaît un souci de taille lié à l’accord de la saint-Sylvestre. Le texte prévoit donc que c’est l’opposition qui doit désigner le Premier ministre. La majorité présidentielle, elle, exige que l’opposition soumette une liste avec plusieurs noms au président Kabila et que celui-ci choisisse son futur Premier ministre. “Il agit comme s’il état toujours le président légitime du pays”, explique un opposant venu à Bruxelles pour la cérémonie qui s’est déroulée jeudi dernier à la Basilique de Koekelberg en hommage à Etienne Tshisekedi. “Le président Kabila n’est pas une marionnette seulement en place pour inaugurer les chrysanthèmes”, lui rétorque un ancien ministre kabiliste récemment déchu de son maroquin.

Les évêques doivent mettre la pression pour que ce statu quo cesse”, explique Fabrice, notre manifestant. “Ce temps perdu ne se rattrapera jamais. On va se retrouver dans l’impossibilité d’organiser les élections en fin de cette année et on va donner les armes à Kabila pour aller au référendum. Il aura beau jeu de dire que les politiciens ne peuvent s’entendre. Les évêques auront une lourde responsabilité dans cet échec”, poursuit-il encore, rattrapé par un de ses amis, originaire de la commune kinoise de Bandal, qui surenchérit : “Tous les niveaux de pouvoir électifs sont désormais illégitimes. Le peuple en est conscient. Il ne faut pas nous prendre pour des naïfs. Tous ces élus s’accrochent à leur siège et font semblant que tout est normal. Mais les Congolais savent et les tensions qui sont apparues au Kasaï et au Kongo-central sont issus de cette situation. Le pays n’est plus gouverné par des gens légitimés par des élections. Les Congolais le savent et se rebellent. Le temps qui passe ne va rien arranger. Le général Kanyama, le chef de la police en personne, a été victime d’un jet de bouteille par un gamin. C’est un signe évident de ce chaos qui se généralise. Les évêques ont la confiance des Congolais mais s’ils échouent ce sera terrible. Les temps ont changé. C’est fini l’époque où ces évêques ne pouvaient pas être critiqués, où tout le monde les vénérait et s’arrêtait sur leur passage. Dans le climat actuel, ils auront aussi des comptes à rendre à la population qui attend beaucoup d’eux et qui leur a fait confiance pour éviter le pire.”

Affrontements mortels

Ce lundi soir, après un week-end de nouveau marqué au Kongo central par des affrontements mortels entre la police et des membres de la secte Bundu dia kongo (BDK). Ce mouvement est pourtant interdit depuis… 2008. Ce lundi soir, sur le coup de 21h, la police a tenté de mettre la main sur le leader de ce mouvement qui réside dans la périphérie de Kinshasa, dans le quartier Macampagne, en direction de Haute Tension. Mais les policiers ont été violemment repoussés par des adeptes de ce mouvement. Echanges de coups de feu, plusieurs blessés et au moins trois morts dans ces nouveaux affrontements. Les policiers ont été contraints de battre en retraite, tandis que leurs pick-ups étaient incendiés. A quelques kilomètres de là, dans la commune de Bandal, une parcelle où sont installés des adeptes de ce mouvement Bundu Dia Kongo a aussi été visitée par la police. Là aussi les échanges de feu ont été nombreux.

La tension s’intensifie chaque jour dans la capitale congolaise où de très nombreux Kinois attendent le retour de la dépouille d’Etienne Tshisekedi et s’interrogent sur l’inaction des évêques congolais.

Source: Libre belgique

mm

Author: congomikili

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