Denis Mukwege, prix nobel de la paix, a memi Mende na Kabila likolo!

  • 35180 Views
  • 13 Comment(s)
October 5, 2018 Yeba
Shares




Dans quelle famille avez-vous grandi ?

Mon grand-père était artisan. Il transformait le minerai de fer en outils agricoles. Très jeune, mon père s’est converti au protestantisme et est devenu pasteur d’une église pentecôtiste à Bukavu. Nous étions neuf enfants : ma mère nous a élevés.
Comment est née votre envie de devenir médecin ?
Mon père était très attaché à ses ouailles. Souvent, il était appelé pour prier pour les malades. Souvent, et même quand il refusait, je l’accompagnais. Un jour, j’avais 8 ans, il s’est rendu au chevet d’un enfant malade qui avait beaucoup de fièvre, il convulsait. Mon père a prié pour cet enfant puis il a dit au revoir. Moi, quand j’avais de la fièvre, mon père priait mais me donnait aussi des médicaments. Là, il n’avait rien donné. Je lui ai dit : “Papa, vous priez et vous partez, pourquoi ne pas le soigner ?” Il a répondu : “Je ne suis pas munganga.” (médecin) J’ai décidé que je serais munganga. Cela a été le fil conducteur de ma vie.

Le docteur Denis Mukwege désigné « Meilleur défenseur des droits de l’homme »

Où avez-vous effectué vos études de médecine ?

Au Burundi, puis j’ai rédigé une thèse en pédiatrie. Je suis revenu au Congo, à Lemera, au sud de Bukavu, où j’ai travaillé pendant un an. M’occuper des enfants malades était une vocation. Mais j’étais seul médecin et je voyais arriver des femmes épuisées, exsangues : certaines mouraient. J’ai réalisé qu’on ne pouvait pas avoir des bébés en bonne santé si les femmes n’étaient pas en bonne santé. Après une année, j’ai décidé d’aller étudier la gynécologie obstétrique à Angers, en France. Puis je suis rentré au Congo, à l’hôpital de Lemera. J’ai compris que la seule façon de prévenir la mortalité maternelle et infantile, c’était d’approcher au plus près les femmes qui en avaient besoin. Nous avons construit des centres de santé autour de l’hôpital. Il fallait également former le personnel : j’ai ouvert une école de sages-femmes et d’infirmiers. Les femmes arrivaient, on n’attendait plus qu’elles soient en situation critique pour les envoyer.
Puis survient la guerre…
Alors que l’hôpital avait grandi jusqu’à 300 lits, couvrant une zone de 150.000 habitants, la guerre a débuté. Et un drame s’est produit : plus de trente malades ont été tués dans leur lit. Sans doute l’œuvre de soldats de l’armée rwandaise et de rebelles. Cela m’a beaucoup affecté. Il m’a fallu près de deux ans avant que je puisse recommencer à travailler. L’hôpital de Lemera a fermé ses portes. J’ai repris mes activités à Bukavu et j’ai décidé d’ouvrir l’hôpital de Panzi. Nous étions en pleine crise congolaise : plus de sept nations africaines se battaient au Congo. La première femme que j’ai accueillie dans cet hôpital n’est pas venue pour accoucher mais parce qu’elle avait été violée. Elle n’avait pas seulement été violée : après, on avait tiré un coup de fusil dans ses parties génitales. Elle était en lambeau. Je croyais que c’était une folie isolée. Mais après 3 mois, j’avais déjà soigné 45 femmes qui présentaient les mêmes violences atroces. Je ne comprenais pas.
Le viol est un crime : comment peut-on y ajouter une telle barbarie indicible ?
Aujourd’hui, en 2018, on a dû soigner quelque 50.000 victimes. Et cela ne se calme pas. On soigne encore 150 femmes chaque mois.

Qui et pourquoi ?

En 20 ans, les responsabilités ont beaucoup évolué. Pendant les premières années, l’Est du Congo était occupé par l’armée rwandaise qui avait traversé la frontière pour chercher les Hutus. Les femmes victimes de viol nous disaient que les agresseurs étaient des hommes en armes qui ne parlaient pas la langue locale mais le kinyarwanda. Au fil du temps, on a observé que des militaires congolais faisaient la même chose. Puis il y a eu brassage, un mixage de rebelles dans l’armée et on y a intégré le mal, la violence sexuelle. Aujourd’hui, on constate que ce mal pénètre la société comme une métastase. Des jeunes garçons ont appris ces atrocités dans l’armée et continuent à commettre les mêmes actes quand ils sont démobilisés.
La barbarie n’a pas de limite : les femmes sont violées, mutilées devant leur mari, leurs enfants. Il y a des actes plus sauvages encore de cannibalisme… Pourquoi ?

Je me suis longtemps posé cette question : comment en est-on arrivé là ? J’ai compris ceci. Lorsqu’un homme viole une femme en présence de son mari, de ses enfants, non seulement la victime est traumatisée mais également son entourage. Ainsi la famille est détruite, mais aussi la communauté tout entière et les liens qui lient les hommes, les femmes, les enfants. Ainsi, un tabou tombe. Le viol est devenu une arme de guerre pour détruire les victimes mais aussi les communautés qui perdent toute leur cohésion. On ne peut pas répondre à la question du “pourquoi” sans entreprendre des recherches anthropologiques, sociales, psychologiques, d’où l’intérêt de la chaire universitaire créée ici, à Liège.

De surcroît, ces femmes n’osent pas témoigner, elles ont peur des représailles. L’appareil judiciaire est défaillant, voire inexistant…
Heureusement, de plus en plus de femmes osent témoigner. Nous leur fournissons une aide médicale mais aussi psychologique, juridique, nous les aidons à se réintégrer. Mais c’est difficile car la cellule familiale est souvent détruite. Lorsque les parents sont humiliés devant les enfants, la relation de confiance des enfants est rompue. Il faut étudier le parcours des enfants, observer comment ils se comportent avec leur épouse, leurs enfants, dans la société, puisque leur enfance a été violée.
La force des femmes congolaises est impressionnante. Celles qui survivent sont debout. Certaines appellent leur enfant, né d’un viol, “Dieumerci”, “Espérance”…

Moi-même, cela m’étonne. C’est dans la douleur que ces enfants ont été conçus. J’y vois une forme de résilience. Certaines se font avorter. D’autres non alors que, plus tard, l’enfant est rejeté. L’enfant devient une épine irritative. Pourquoi ces différences ? Ce sont des questionnements qu’il faut comprendre.

Que fait la communauté internationale ?

Plus personne, aujourd’hui, ne peut dire : je ne savais pas. Or cela dure depuis 20 ans. Une semaine avant mon arrivée en Belgique, un viol collectif s’est encore produit dans un village. Je ne veux pas croire que le monde n’a pas de solution pour éradiquer cette violence. On peut, on doit faire plus. Nous pouvons soigner. Mais il faut que cela s’arrête. Il faut que les puissances de ce monde jugent inacceptable qu’une partie de l’humanité soit ainsi maltraitée. Or la réponse tarde à venir.
Le Congo est très riche en matières premières. L’Est du Congo renferme du cobalt, du coltan. Mais ces richesses font le malheur de la population locale qui est exploitée.

C’est peut-être pour cela que les solutions tardent à venir. Les belligérants profitent de la situation et de la catastrophe humanitaire de l’Est du Congo. Cela prolonge la crise du Congo. La guerre du Congo n’est pas une guerre ethnique. Certains politiciens et journalistes essaient d’en faire une guerre ethnique. Mais non, c’est une guerre économique, pour contrôler les ressources naturelles du Congo. Une guerre économique qui se fait contre le corps des femmes : c’est une honte pour notre humanité.

Pourquoi le conflit perdure-t-il ?

C’est tout simple : il manque une volonté politique pour arrêter cela et pour assurer la paix en République démocratique du Congo. Ce message, je l’ai reçu des victimes. Quand on demande à ces femmes violées ce qu’elles souhaitent en priorité, la réponse est unanime : la paix. Elles ne veulent pas du riz, des haricots : elles savent cultiver. Mais elles ne peuvent pas produire de la nourriture, aller au champ, s’éloigner de leur village sans être violées. Elles ne peuvent pas aller chercher de l’eau, du bois de chauffe, aller au marché pour vendre le produit de leur récolte sans être violées. L’aide essentielle, durable c’est cela et uniquement cela : c’est la paix. “


Autres Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

13 thoughts on “Denis Mukwege, prix nobel de la paix, a memi Mende na Kabila likolo!”

  1. Pauvre docta que dieu vous bénisse… mais ce prix aura de valeur si les coupables sont punis …
    Le commandant de FRDC à goma nous a informé que les groupes qui opère à béni sont composés de
    Kenyain
    Ougandais
    Rwandais
    Tanzanien
    Sud Afrique
    Mozambicain
    M23 decomposes
    PASCAL NYEMBO a l’ONU avait signalé que le belge ont de entreprise de raffinerie de l’or et diamants en Ouganda dont le ravitaillement de matière première provient de L’EST du Congo … tout comme de britannique qui on les entreprises de raffinerie de coltant cacciterite au Rwanda dont le ravitaillement provient toujours à L’EST du Congo ..donc le programme est international il faut que des discussions soi porté au niveau international…

    1. Ingeta.

      TONY BLAIR +KAGAME +MUSEVENI +MONUSCO +BELGIQUE +COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE +multinationales = VIOL DES FEMMES EN RDC, + MASSACRES DE RDCONGOLAIS + tueries sans cesse à BENI + INSÉCURITÉ & NSTABILITÉ en RDC

    2. @CONSTANT

      Encore une fois de plus, le dr Mukwege parle des “crimes” dont il est temoin depuis 20 ans !
      20 ans depuis que vous êtes au pouvoir et les congolaises y compris les congolais sont massacrés, decimés, violées, decoupés avec des machetes !

      Le prix Nobel du dr Mukwege est aussi la sanction de votre bilan sécuritaire ¤ > Le docteur que vous osez traiter de “pauvre” lutte contre les violences, le terrorisme, la guerre de 20 ans dont les congolais sont victimes depuis que l´AFDL-PPRD-FCC est au pouvoir !

      La question du Rwanda ou de l´Ouganda comme si la sécurité des congolais devrait être assurée par des pays voisins.

      Á trois mois des élections, quel est votre bilan sécuritaire? Rassurez-vous, quand le dr Mukwege va prendre parole devant toute la planète, il va continuer á parler de la mauvaise gouvernance ¤ qui est á l´orgine de l´insercurité des congolaises et des congolais depuis 20 ans ¤

      Quand vous citez le Rwanda et l´Ouganda… le dr Mukwege parle des enfants du Kasai qui sont entrain de mourir de faim ¤

  2. C’EST LONDRES QUI MOBILISE LES FONDS.
    C’EST LONDRES QUI POUSSE LA BELGIQUE ET LA FRANCE A FAIRE SEMBLANT.
    C’EST LONDRES QUI IMPLORE LES USA A FAIRE SEMBLANT.
    KAGAME TRAVAILLE POUR LA REINE D’ANGLETERRE.

  3. SOLUTION
    ASSASSINER KAGAME ET MUSEVENI
    TUER TOUT CEUX QUI FRANCHISSENT LA FRONTIERRE.
    BAZONGA BIBEMBE.
    TO BATIKALA NA MABELE YA KONGO.

  4. @CONSTANT BIEN VU,
    CE DONT NDEKO @GHOST NE SEMBLE PAS COMPRENDRE: CES SONT FABRICANTS ET LES VENDEURS DES ALLUMETTES, QUI FINISSENT PAR ATTRIBUER PRIX NOBEL DE LA PAIX, SOIT A L’UN PARMI DES VICTIMES, SOIT À CELUI QUI TENTE D’ÉVOQUER, EN PUBLIC LES DÉGÂTS ET CONSÉQUENCES ENGENDRÉS PAR LEURS PROPRES ALLUMETTES.
    AU KASAÏ C’EST TOUJOURS LES MÊMES BOURREAUX CONSTRUCTEURS DES USINES CHEZ NOS VOISINS, DES INCENDIAIRES DE BENI HIER, QUI AUJOURD’HUI VOULAIENT DE FORCE DÉPLACER, NOS POPULATIONS DES VILLAGES TSHIMBULU ET SES ENVIRONS POUR EXPLOITER DES MINERAIS DONT ILS AVAIENT DÉCOUVERTS.

  5. Prix Nobel ezanga tina NGUNDA na ye epayi ya mindele .Papa oyo akosa baviols ya lukuta . Multinationales bango nde bazali kovioler pona minerais EST RDC minduki ewuta wapi Soki batiki kotinda minduki viol ekozala lisusu te Congolais mayele ezali ata moke te .MUKWEGE collabo ya BILL GATE