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1100 conseillers + trop de voyages= caisse de l’état vides, Félix Tshisekedi bloqué?

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Depuis le début de l’année, la communauté internationale accorde ses violons sur le calendrier des échéances électorales congolaises. A trois mois du mi-mandat du Président Tshisekedi, les bailleurs de fonds ont fait le deuil de leurs illusions sur la capacité du géant congolais à rompre avec le cycle de violence et de pauvreté qui semble le condamner aux derniers rangs des nations développées au monde.

« Nous devons tous regarder dans la même direction vers les prochaines élections de 2023 et maintenir le pays à flots » affirme un diplomate lors d’une vidéoconférence regroupant les principaux partenaires et les responsables du ministère des Finances congolais.

A la veille de la publication de la nouvelle équipe gouvernementale par le Chef de l’Etat, la situation économique et financière du pays s’avère très préoccupante. En mettant un terme à sa coalition avec son prédécesseur, Félix Tshisekedi a décidé de prendre seul en main les commandes du pays. Les premiers signaux ont été clairs. Le Chef de l’Etat congolais a lancé l’Inspection Générale des Finances aux trousses des détourneurs qui écument les caisses du trésor public congolais. Les missions de contrôle se sont multipliées dans les administrations et en province auprès des tout puissants gouverneurs du Lualaba et du Haut Katanga dont les provinces regorgent de cuivre, de cobalt et de lithium tant recherchés par les producteurs des voitures électriques.

Ou passe l’argent

En 2019, près de 1.500.000 tonnes de cuivre et 80.000 tonnes de cobalt ont été exportées des deux provinces. En plein boom du prix des matières premières, ces exportations records expliquent difficilement la quasi-faillite à laquelle le pays fait face. Surtout si on ajoute 33 tonnes d’or non raffinés exportés à partir du Kivu et de l’Ituri.

Certes, la pandémie mondiale a largement freiné la croissance. Mais avec 28.000 cas confirmés depuis son apparition et 739 décès, la RDCongo a été largement épargnée. Rien à voir avec la malaria qui a causé 13.072 décès en 2019 sur plus de 21 millions de cas ou encore les 200.000 cas de tuberculose enregistrés en 2020.

Si la crise du Covid-19 n’a pas eu en RDC des conséquences aussi dramatiques que dans bien des régions du monde, les détournements, la mégestion et l’enrichissement illicite de hauts cadres politiques, fonctionnaires et autres agents de l’État, ont continué à saigner le pays. Pour les douze mois de l’exercice 2020, le Congo a enregistré des rentrées fiscales et douanières de 3,4 milliards de dollars. Dans la même période, les dépenses de rémunérations et les frais de fonctionnements des institutions politiques du pays se sont élevées à 3,2 milliards USD. En réalité, pour près de 100 millions d’habitants, les dépenses liées à la croissance et les espaces budgétaires dégagés pour les investissements publics ont atteint le montant dérisoire de 125 millions dollars, soit 1,6% du PIB congolais. A titre de comparaison, avec 129,4 millions d’euros, le budget d’investissement de la ville de Bruxelles est supérieur à celui de la RDC. La comparaison est dououreuse et impacte directement tout un pays de près de 100 millions d’habitants.

Le pays dépend de l’aide internationale

L’an dernier, en 2020, le train de vie fastueux de l’Etat congolais a conduit à des dépassements de dépenses financés à hauteur de 140 millions USD par les avances de la Banque Centrale. La situation financière du pays a été sauvée par les appuis budgétaires du FMI et de la BAD qui ont totalisé l’an dernier près de 370 millions de dollars.

« Nous avons clôturé l’année 2020 sur les genoux car nous avons dû faire appel aux avances des grandes compagnies minières pour financer nos salaires« , confirme un responsable du ministère des Finances. Et la tendance semble malheureusement se confirmer. Pour les trois premiers mois de l’année 2021, les dépenses en capital se sont élevées à 7 milliards de francs congolais, soit à peine 3,5 millions de dollars. Tous les grands chantiers de l’Etat financés sur fonds propres sont tout bonnement à l’arrêt. Les chantiers des derniers saut-de-mouton qui ont fait l’objet de tous les espoirs pour améliorer la mobilité dans les artères de Kinshasa sont stoppés. De janvier à mars, les dépenses en salaires et en fonctionnement ont absorbé la bagatelle de 78% des recettes fiscales et douanières du pays. La RDC est loin, très loin, des 35% recommandés par les bailleurs de fonds.

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A ce rythme, faute de réduire drastiquement le train de vie de l’Etat, le pays court à la catastrophe. D’autant qu’au 31 décembre 2020, les réserves de change du pays s’élevaient à 709 millions dollars, à peine 1,9 semaine d’importations. « En cas de gros pépins, nous n’arriverons pas à gérer« , déplore un conseiller du ministère du Plan. A défaut de parvenir à reduire le coût de l’ajustement politique créé par le basculement de la majorité parlementaire, la première mission qui incombe au nouveau Premier ministre Sama Lukonde et à son gouvernement en gestation sera de remplir les caisses qui sonne de plus en plus creux.

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Chez les partenaires au développement, le constat est amer. Tous reprochent au gouvernement le manque de transparence dans la gestion des ressources naturelles, l’absence de programmation dans les dépenses, la budgétisation à vue et l’incapacité du pays à absorber les montants qui lui sont alloués pour faire face à la crise. « A ce jour, aucune estimation à moyen terme n’a été élaborée pour les prochaines élections. Nous ne savons pas ce qui est nécessaire et où le pays trouvera l’argent si l’on intervient pas » assure un diplomate. Dans ces conditions, les principaux bailleurs de fonds sont dans l’incapacité de présenter un cadre d’assistance-pays pour leurs interventions en RDC.

Les infrastructures de base sont absentes…

Engagé depuis plusieurs mois dans un « staff monitoring program » avec le FMI, le pays est en panne. En 2020, les experts de Bretton Woods ont établi à -0,1% le taux de croissance du pays. L’inflation avoisinait 16% et les investissements publics ont atteint 1,6% du PIB. Afin de soutenir la balance de paiement, le FMI envisageait d’engager un nouveau programme avec la RDC. Les contre-performances et l’incapacité des autorités congolaises à souscrire aux conditions posées ont conduit à plusieurs reports successifs. Désormais, les partenaires attendent le nouveau gouvernement afin d’afficher un nouvel horizon.

En attendant, tout doit être mis en oeuvre afin que les ponts et les routes congolaises ne s’effondrent pas. A plusieurs reprises, la Nationale 1 qui relie la capitale au Bandundu et au Kasaï a été coupée par les érosions. A travers le pays, les inondations ont provoqué de nombreuses victimes et des dégâts matériels considérables.

Où sont les investissements au profit de la population ?

En perspective de la seconde moitié de son mandat, le Président Félix Tshisekedi continue à rechercher des financements pour ses grands projets. En visite au Qatar, le chef de l’Etat congolais a signé plusieurs contrats importants ayant trait notamment à la construction des aéroports de Ndjili/Kinshasa et de Luano/Lubumbashi. En l’absence de gouvernement, la présidence congolaise est aux commandes avec en tête d’affiche Jean-Claude Kabongo, JCK pour les intimes, le puissant conseiller stratégique en charge des infrastructures. Avec le port de Banana et le pont Kinshasa-Brazzaville, un autre projet d’importance semble être également sur la table des investisseurs. Il s’agit de la grande corniche de Kinshasa qui devrait faire face à celle de Brazzaville et changer le visage de Kinshasa.

L’immense paradoxe entre l’état des finances publiques et les projets pharaoniques dessinés par le pouvoir laisse les observateurs perplexes. La RDC semble vouloir repartir vers un sentier d’endettement inconnu. « Si on ne renforce pas immédiatement le rôle centralisateur de la Direction de la Dette publique, nous serons dans l’incapacité d’assurer la soutenabilité de la dette » s’inquiète un haut fonctionnaire.

Dans ce climat marqué par l’espoir du gouvernement de l’Union Sacrée, une petite équipe de chercheurs et d’universitaires, placé sous la coordination du ministre des Finances José Sele et du Conseiller spécial François Beya, planche sur le programme du nouveau cabinet. Mais déjà les mises en garde pleuvent sur celui qui sera le nouvel argentier de la RDC car la logique expansionniste du parti présidentiel sera impossible à absorber si l’on veut maintenir au cours de cette année charnière vers les élections 2023, la stabilité de la monnaie et du cadre macro-économique.

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